31 décembre 2022
Au cours de son pontificat, d’avril 2005 à février 2013, le pape Benoît XVI, qui est mort le samedi 31 décembre 2022 à l’âge de 95 ans, s’est beaucoup investi dans les dossiers qu’il jugeait prioritaires : de l’unité de l’Église à l’œcuménisme et à la diplomatie, en passant par la lutte contre la pédocriminalité.
Joseph Ratzinger est mort à l’âge de 95 ans ce samedi 31 décembre 2022. Pourquoi avait-il choisi ce nom de Benoît XVI ? Il l’expliquera, en français, lors de l’audience du 27 avril 2005. « En référence à Benoît XV, qui a guidé l’Église dans la période difficile de la Première Guerre mondiale. Sur ses traces, je désire participer à la réconciliation et à l’harmonie entre les hommes et entre les peuples. »
Il se réfère également à saint Benoît de Nursie, patron de l’Europe, fondateur de l’ordre des Bénédictins. « Le nom de Benoît évoque aussi le père du monachisme occidental, co-patron de l’Europe, particulièrement vénéré dans mon pays et surtout en Bavière. »
Le 11 février 2013, à l’issue d’un consistoire public ordinaire convoqué pour valider des propositions de canonisations, le pape annonce, en latin, sa renonciation pour le 28 février à 20 heures (heure de Rome), la justifiant par la « vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié ». Il se retirera au monastère Mater Ecclesiae.
Le 27 février, Benoît XVI donne sa 384e, et dernière audience, devant 150 000 fidèles, sans cérémonie particulière, hormis un discours d’adieu, dans lequel il évoque les « eaux agitées de son pontificat », et la présence de presque tous les cardinaux du monde, prêts à entrer en conclave.
Lutte contre la sécularisation
Le recul de la foi et de la pratique religieuse dans les pays européens aura beaucoup préoccupé Benoît XVI. La lutte contre la sécularisation sera notamment l’objectif de l’année de la foi, ouverte en octobre 2012, en même temps que le 50e anniversaire de Vatican II et que le Synode pour la Nouvelle évangélisation.
Un retour aux fondamentaux de la foi
En bon théologien, Benoît XVI a apporté un soin particulier à l’enseignement, avec le souci constant de revenir aux fondamentaux de la foi chrétienne. Ces deux premières encycliques ont ainsi pour thèmes la charité et l’espérance, deux des trois vertus théologales. À maintes reprises, il reviendra sur l’articulation entre foi et raison. Comme en 2008, au collège des Bernardins à Paris.
Unité de l’Église : la main tendue aux intégristes
Benoît XVI s’est efforcé de faire revenir dans le giron romain la dissidence lefebvriste. Cette priorité explique le motu proprio, publié le 7 juillet 2007, libéralisant l’usage du missel d’avant Vatican II, et permettant de célébrer la messe dans la « forme extraordinaire » (usage du latin). La levée de l’excommunication des quatre évêques intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X, le 25 janvier 2009, s’inscrit dans la même perspective. Parmi eux, Mgr Williamson, qui a tenu des publiquement des propos négationnistes, créant une importante polémique. Ces mesures ont suscité, notamment en France et en Allemagne, une forte incompréhension et n’ont pas permis de mener la réconciliation à son terme.
Une vision de Vatican II dans la continuité
Benoît XVI a été l’un des acteurs du concile Vatican II (1962-1965). Il est considéré, à l’époque, comme faisant partie du camp « progressiste ». « J’ai vécu, moi aussi, l’époque du concile Vatican II, j’étais dans la basilique Saint-Pierre avec beaucoup d’enthousiasme », confiera-t-il.
L’après-concile, en revanche, est, selon lui, une période toujours difficile et faite de crises. Le lendemain de son élection en tant que pape, il affirme que « la mise en œuvre du concile Vatican II » est sa priorité « en continuité fidèle avec la tradition bimillénaire de l’Église ».
Benoît XVI critique ainsi la vision du concile Vatican II qui serait perçu comme une rupture dans l’histoire de l’Église. Il y voit, au contraire, un « renouveau dans la continuité ».
Benoît XVI considère que l’Église a, avec le concile Vatican II, « maintenu et approfondi sa nature intime et sa profonde identité ». Il affirme ainsi que « Ceux qui attendaient avec ce « oui » fondamental à l’époque moderne (du concile Vatican II) que toutes les tensions disparaissent, et que l’ouverture au monde se transforme en une pure harmonie ont sous-évalué les tensions intérieures et aussi les contradictions de cette époque moderne ».
Une façon d’arbitrer le débat qui divise l’intérieur de l’Église depuis soixante années entre ceux qui se réjouissent de voir que l’Église catholique romaine s’est « ouverte au monde » (l’esprit du concile) et ceux qui déplorent sa perte de substance et appellent à un nouvel enracinement (ceux qui ne voient que la lettre du concile).
Œcuménisme : une démarche inachevée
Dès son élection, Benoît XVI manifeste son souhait de « faire avancer la cause fondamentale de l’œcuménisme ». Ce dialogue avec les autres religions chrétiennes a particulièrement progressé avec les églises orthodoxes et anglicanes. « L’engagement pour l’unité des chrétiens n’est pas seulement le devoir de quelques-uns, ni une activité accessoire pour la vie de l’Église », déclarait-il, le 25 janvier 2010, à l’issue de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Mais avec les protestants, que le pape allemand connaît pourtant bien, on semble être arrivé à une impasse au plan théologique. Son voyage en Allemagne, en 2011, les a laissés sur leur faim.
La poursuite du dialogue interreligieux
Au cours de son pontificat, Benoît XVI s’est efforcé de poursuivre les efforts entrepris par Jean Paul II en faveur du dialogue avec les autres religions. Illustration, le 27 octobre 2011, un pèlerinage interreligieux, a réuni de nombreux dignitaires religieux, humanistes et agnostiques, à Assise, 25 ans après la rencontre initiée par son prédécesseur.
Le dialogue judéo-chrétien, en particulier, a connu une nette amélioration. La visite de Benoît XVI à la synagogue de Cologne, peu après son élection, a marqué une continuité dans la relation, prônée depuis Vatican II, avec les « frères aînés » dans la foi.
Avec l’islam, le discours de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, sur les rapports entre la religion et la violence a été mal perçu par une partie du monde musulman. La citation maladroite d’un ancien empereur byzantin sévère face à l’islam a été vécue comme un affront. Le malentendu a été, en partie, corrigé lors de la visite du pape à la Mosquée bleue d’Istanbul en 2006.
Des dossiers épineux à gérer
La révélation de l’étendue des scandales pédocriminels a été, sans doute, le dossier le plus difficile et le plus douloureux de ce pontificat. Benoît XVI, adepte d’une « tolérance zéro », s’est montré plus intransigeant que ses prédécesseurs à l’encontre des prêtres coupables de pédocriminalite. À plusieurs reprises, il a exprimé sa « honte » pour ces prêtres qui ont « trahi l’Église ». En juin 2010, il avait présenté les excuses de l’Église pour « les péchés des prêtres ».
Mis en cause, début 2022, dans un rapport allemand indépendant l’accusant d’inaction face à des violences sexuelles sur mineurs commises dans l’archevêché de Munich, Benoît XVI avait demandé « pardon » aux victimes de violences sexuelles commises par des membres du clergé mais assuré n’avoir jamais couvert de prêtres pédocriminels quand il était archevêque ou souverain pontife.
Autre dossier délicat, Benoît XVI a dû gérer le cas Marcial Maciel, fondateur des Légionnaires du Christ. Un an après son élection, le pape lui demandera de « renoncer à tout ministère public ». On découvrira après sa mort que ce prêtre mexicain, accusé de pédophilie et de s’adonner à la morphine, a eu plusieurs femmes et de nombreux enfants.
Le pape allemand aura beaucoup souffert également de certains agissements au sein de son « gouvernement » (la Curie romaine). La répétition des scandales internes, comme l’illustre l’affaire Vatileaks, portée au grand jour en mai 2012, aura considérablement affaibli Benoît XVI. Corruption, népotisme, favoritisme auront miné la fin de son pontificat. Cela explique, en partie, sa renonciation, en février 2013.
Un pape « Vert » ?
Comme Jean Paul II, Benoît XVI s’est exprimé à maintes reprises sur les problèmes d’écologie et d’environnement. « Nous devons avoir soin de l’environnement », dit-il clairement, dans son message pour la Journée mondiale de la paix 2008. « Respecter l’environnement ne veut pas dire que l’on considère la nature matérielle ou animale comme plus importante que l’homme. Cela veut plutôt dire que l’individu ne peut la considérer de manière égoïste comme étant à l’entière disposition de ses propres intérêts, car les générations à venir ont aussi le droit de tirer bénéfices de la création, exerçant à son égard, la même liberté responsable que nous revendiquons pour nous-mêmes. »
Lors des Journées mondiales de la jeunesse de Sydney, en juillet 2008, Benoît XVI a expliqué quels sont les fondements d’une écologie humaine qui tienne compte aussi bien de l’environnement naturel que social. Il a affirmé que cette crise de l’écologie naturelle et de l’écologie sociale est due au fait que « la liberté et la tolérance sont très souvent séparées de la vérité ».
Une diplomatie active
Benoît XVI a peu voyagé par rapport à Jean-Paul II, mais il a accordé une grande importance à chacun de ses 24 déplacements hors d’Italie. Ses voyages ont été marqués par des rencontres avec des jeunes, des représentants d’autres religions ou d’autres confessions chrétiennes.
Par ailleurs, il s’est efforcé de poursuivre l’élan donné par Jean-Paul II à la diplomatie du Saint-Siège. Il a eu ainsi à cœur d’établir, pour la première fois, des relations diplomatiques pleines et entières avec la Russie. À travers sa Lettre aux catholiques de Chine (2008), Benoît XVI a redonné confiance aux communautés chinoises, les appelant à dépasser leurs divisions historiques et politiques.
Enfin, les thématiques des synodes sont significatives : le Synode sur l’Afrique, en octobre 2009, a permis de réaffirmer le rôle de l’Église en matière de justice et de lutte pour la dignité humaine sur ce continent. Le Synode pour les Églises orientales, en octobre 2010, a tenté de renforcer la place, aujourd’hui menacée, des chrétiens dans les sociétés du Moyen-Orient. Et le Synode pour la Nouvelle évangélisation, en 2012, illustre l’une des préoccupations majeures de Benoît XVI. Comment lutter contre « la sécularisation » et l’indifférence croissante au christianisme dans les sociétés occidentales ?
Voici les principales dates de ses voyages à l’étranger
18 au 21 août 2005 : JMJ Cologne Allemagne
25 au 28 mai 2006 : Pologne
8 et 9 juillet 2006 : Valence Espagne 5e rencontre mondiale des familles
9 au 14 septembre 2006 : Munich, Altölling et Ratisbonne Allemagne
28 novembre au 1er décembre 2006 : Turquie
9 au 13 mai 2007 : Brésil conférence générale de l’épiscopat latino-américain
7 au 9 septembre 2007 : Autriche 850e anniversaire de la fondation du sanctuaire marial de Mariazell
15 au 20 avril 2008 : États-Unis et Onu
13 au 21 juillet 2008 : Sydney Australie (JMJ)
12 au 15 septembre 2008 : Lourdes France 150e anniversaire des apparitions reconnues par l’Église catholique
17 au 23 mars 2009 : Cameroun et Angola
8 au 15 mai 2009 : Terre sainte et Jordanie
26 au 28 septembre 2009 : République tchèque
17 et 18 avril 2010 : Malte
11 au 14 mai 2010 : Portugal
4 au 6 juin 2010 : Chypre
16 au 19 septembre 2010 : Royaume-Uni
6 et 7 novembre 2010 : Saint-Jacques-de-Compostelle et Barcelone.
4 et 5 juin 2011 : Croatie
19 juin 2011 : Saint-Marin
18 au 21 août 2011 : JMJ à Madrid
22 au 25 septembre 2011 : Allemagne
18 au 20 novembre 2011 : Bénin
23 au 29 mars 2012 : Mexique et Cuba
14 au 16 septembre 2012 : Liban
Ses principales encycliques
Deus caritas est (Dieu est amour), 25 décembre 2005
L’affirmation centrale de la première encyclique de Benoît XVI tient dans ses premiers mots, qui donnent toujours leur titre aux documents pontificaux. L’encyclique comprend deux parties différentes, l’une théologique, l’autre pastorale.
La première, consacrée à définir l’amour comme don de Dieu, porte de manière significative la « patte » du théologien allemand. C’est une belle réhabilitation de l’amour humain, partie intégrante de l’amour de Dieu. Une longue dissertation sur la relation entre eros et agapè, qui sont deux conceptions de l’amour.
La seconde partie du document s’attache à la portée pratique de ce commandement d’amour : la charité envers autrui.
Spe salvi facti sumus (Dans l’espérance nous avons été sauvés), 30 novembre 2007
C’est une réflexion sur le thème de l’espérance chrétienne, prenant comme référence la Lettre de saint Paul aux Romains. Elle est publiée dans un contexte de tension internationale et d’un recul de la pratique religieuse dans les sociétés occidentales.
Spe salvi présente le Christ comme source d’espérance fondamentale dans le Salut.
Caritas in veritate (L’amour dans la vérité), 29 juin 2009
Portant sur la mondialisation et la crise économique, cette troisième encyclique propose une lecture des problèmes actuels de la planète au plan économique, écologique, éducatif, voire éthique. Elle suggère des pistes pour répondre aux rudes difficultés des peuples et des individus, des nations et des entreprises. L’encyclique, d’une grande richesse d’analyse, se prête sur ce plan au dialogue avec ces « hommes de bonne volonté » auxquels elle est aussi destinée.
Caritas in veritate renoue avec la tradition d’enseignement social des papes, qui avait été interrompue depuis 1991 (Centesimus annus). C’est aussi le premier document magistériel qui réfléchit sur les implications de la mondialisation économique.
Ses principaux ouvrages
Mai 2007 : Jésus de Nazareth (plus de deux millions d’exemplaires vendus), qu’il n’a pas écrit comme pape, précise-t-il, appelle à une relation personnelle avec le Jésus Fils de Dieu. (Flammarion)
2010 : Lumière du monde, entretien avec Peter Seewald (Bayard)
2011 : Jésus de Nazareth : de Nazareth à Jérusalem (Éditions du Rocher)
2012 : Jésus de Nazareth : L’Enfance de Jésus (Flammarion)
Béatifications et canonisations
Dans la lignée de son prédécesseur, Benoît XVI a continué – mais à un rythme plus lent – à canoniser, c’est-à-dire à déclarer saint des chrétiens qui peuvent être considérés comme des modèles de vie évangélique. Il est revenu à l’usage antique de ne plus présider obligatoirement lui-même les cérémonies à l’exception de Jean Paul II et de John Henry Newman.
Listes des canonisations de Français
2006 : Mère Théodore Guérin (1798-1856), née Anne-Thérèse Guérin en 1798 à Étables-sur-Mer (Bretagne) et morte aux États-Unis. Elle a fondé les Sœurs de la Providence de Saint Mary of the Wood.
2007 : Marie-Eugénie de Jésus Milleret (1817-1898), fondatrice de l’Institut des sœurs de l’Assomption.
2009 : Jeanne Jugan (1792-1879), fondatrice de la congrégation des Petites sœurs des pauvres
Béatifications
2011 : Béatification de Jean Paul II
2012 : Abbé Toulorge à Coutances
2012 : Mère Saint-Louis (Madame Molé) à Vannes
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